Parce que… c’est l’épisode 0x314!

Shameless plug

Description

Dans cet épisode de Polysécure, l’animateur reçoit Andréanne Bergeron et Olivier Bilodeau, chercheurs chez Flare, pour discuter d’une recherche sur le profilage des victimes de kleptogiciels (infostealers). L’objectif de cette recherche n’était pas de blâmer les individus, mais bien d’identifier de grandes tendances comportementales afin de bâtir des campagnes de sensibilisation mieux ciblées, plutôt que des messages génériques auxquels personne ne s’identifie.

Méthodologie

L’équipe s’est appuyée sur un échantillon représentatif tiré d’une année complète de compromissions (2025), afin d’éviter tout biais lié à des campagnes ponctuelles. Les données proviennent de tout ce qu’un kleptogiciel peut dérober : cookies de session, mots de passe, identifiants, liste des logiciels installés, documents personnels et historique de navigation. À partir de ces informations, les chercheuses ont codifié une série de variables binaires (présence ou absence d’un élément donné : outils techniques, jeux, sites à risque, indices démographiques comme la localisation ou l’âge probable) pour ensuite dégager des profils types par recoupement statistique. Le travail s’est fait en va-et-vient : Olivier explorait manuellement les journaux pour repérer des motifs intéressants, qu’Andréanne validait ensuite statistiquement.

Les grands profils de victimes

Plusieurs profils récurrents ont émergé de l’analyse :

  • Les utilisateurs de divertissement : joueurs qui téléchargent des jeux piratés, des mods ou des « cheats » (l’exemple de Roblox est cité), ainsi que les consommateurs de contenu pornographique, une catégorie quasi systématiquement présente dans ce type d’échantillon.
  • Les ordinateurs partagés en famille : des cas où plusieurs identifiants portant le même nom de famille apparaissent dans un même journal, suggérant qu’un parent prête son ordinateur de travail à ses enfants pour jouer.
  • Les profils techniques : de façon contre-intuitive, 82 % de l’échantillon présente des compétences techniques (présence d’IDE comme VS Code, historique GitHub/GitLab, etc.), après élimination des faux positifs comme les runtimes C++ préinstallés. Les chercheuses insistent sur la distinction entre « technique » et « conscient des enjeux de cybersécurité » : de nombreuses personnes maîtrisent l’informatique sans connaître l’écosystème des logiciels malveillants qui les cible spécifiquement. Un exemple concret est donné : un développeur de Flare a failli installer une fausse version de Slack trouvée via une publicité Google malveillante, ne s’en rendant compte qu’après avoir reçu un avertissement de signature invalide.
  • Le risque de chaîne d’approvisionnement (supply chain) : certaines victimes ont accès, via leur poste, à de multiples systèmes cloud de tiers (l’exemple donné est un consultant en marketing numérique avec accès à plusieurs comptes cloud de clients). Les chercheurs évoquent la brèche historique de Target, qui aurait pu être causée par un incident de type infostealer chez un fournisseur de climatisation.
  • Les acteurs de la menace eux-mêmes : certains cybercriminels se font voler leurs propres outils en utilisant des « crypters » gratuits piégés (backdoorés), exposant du même coup leur infrastructure (comptes Cloudflare, hébergement à l’épreuve des balles, etc.).
  • Le « Capitaine Get Things Done » : profil moins technique cherchant désespérément à résoudre un problème ponctuel (ex. : réinitialiser une imprimante Epson) et téléchargeant un utilitaire douteux trouvé en ligne, parfois repérable via l’historique de traductions Google Translate.
  • L’« Unlocky Executive » : cadre ayant accès à des systèmes RH ou comptables, généralement infecté via une version piratée de logiciels bureautiques comme PowerPoint.

Interprétation criminologique

Andréanne, dont la formation est en criminologie, explique la surreprésentation des profils techniques par la combinaison de deux mécanismes classiques en victimologie : se trouver dans un environnement à risque (fréquenter des sites de jeux, télécharger des bibliothèques de code, etc.) et adopter un comportement à risque (cliquer, télécharger, faire confiance à des sources non vérifiées). Les deux facteurs doivent être réunis pour qu’il y ait victimisation — un joueur de cartouches Genesis hors ligne ne court aucun risque, contrairement à quelqu’un qui télécharge régulièrement des modules Python ou des jeux piratés.

Vers une sensibilisation adaptée

Plutôt que de produire une campagne complète, l’équipe a créé des affiches-exemples destinées à inspirer les organisations à concevoir leurs propres campagnes, fondées sur des statistiques réelles issues de la recherche plutôt que sur du marketing générique. Parmi les exemples cités : 26 % des victimes de kleptogiciels ont accès à de l’infrastructure d’entreprise, illustrant qu’un usage personnel d’un ordinateur professionnel peut faire basculer toute une organisation. Le principe clé avancé est qu’être exposé à un patron de fraude constitue la meilleure protection contre celui-ci — d’où l’importance de raconter des anecdotes concrètes et « relatables » (par exemple, un cas vécu par un collègue) plutôt que des modules de formation génériques et vite oubliés, comme les anciens modules chez Bell surnommés « le petit chevalier ».

Prochaines étapes

Andréanne travaille désormais avec sa collègue Estelle Ruellan à essayer de prédire l’apparition de nouvelles campagnes de kleptogiciels afin d’alerter les gens en amont. Olivier, de son côté, développe un outil de réponse aux incidents assisté par IA qui analyse les journaux de vol de données pour identifier le vecteur d’infection probable et évaluer le « rayon d’explosion » (blast radius) d’une compromission, tout en gardant un analyste humain aux commandes. Vu la sensibilité de l’outil, son accès sera limité aux praticiens vérifiés de la communauté Discord éducative Flare Academy, avant une mise en ligne publique prévue dans les prochaines semaines.

Notes

Collaborateurs

Crédits

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Tags: cleptogiciel, cybereco, sensibilisation


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